Pandémie de COVID-19: quels impacts sur la santé mentale des jeunes?

lundi 27 juillet 2020
Little girl wearing medical mask putting on mask on her teddy bear during COVID-19 pandemic

Dans le but de mieux comprendre les enjeux de santé mentale liés à la pandémie actuelle, le CRISE propose une série de courtes synthèses de la littérature scientifique disponible sur les impacts de cette pandémie pour différents groupes de la population. Ce qui suit constitue la première synthèse de la série. Elle concerne les impacts de la pandémie sur la santé mentale des enfants et des adolescents.

Bien que peu d’études aient été publiées sur l’impact de la pandémie sur la santé mentale des enfants et adolescents, les données actuelles permettent de penser que la pandémie a eu un impact négatif sur la santé mentale des jeunes, à tout le moins pour ceux qui vivent davantage d’inquiétudes et qui sont plus pessimistes quant à la COVID-19.

Deux études ont été recensées qui évaluent l’impact de la pandémie de COVID-19 sur la santé mentale des jeunes. Toutes deux portent sur des échantillons de jeunes chinois.

La première étude (Liang et al., 2020), réalisée auprès de 584 jeunes chinois entre 14 et 35 ans deux semaines après le début de l’épidémie en Chine, observe que:

  • 40,4% des jeunes étaient sujets à avoir des problèmes psychologiques
  • 14,4% des jeunes éprouvaient des symptômes de trouble de stress post-traumatique.

Cependant, aucune comparaison n’est faite dans cette étude avec les taux en Chine avant l’épidémie, ce qui ne permet pas de déterminer l’ampleur de l’impact de la COVID-19 sur la santé mentale des enfants et adolescents. L’étude montre tout de même l’importance de mettre en place des mesures pour favoriser la santé mentale des jeunes et ce, même en contexte d’épidémie ou de pandémie.

La deuxième étude (Xie, 2020) porte sur 1784 enfants d’âge primaire vivant dans la province de Hubei, en Chine. Ces jeunes ont complété un questionnaire après en moyenne 33,7 jours de confinement. Dans cette étude:

  • 22,6% des enfants disent éprouver des symptômes dépressifs, et 18,9% rapportent des symptômes d’anxiété. Bien qu’aucune comparaison directe n’ait été faite, des taux plus faibles de symptômes dépressifs et anxieux ont été rapportés dans d’autres études chez des élèves du primaire en Chine avant la pandémie. Toutefois, il n’est pas certain que ces différences s’avèrent statistiquement significatives et, advenant le cas où elles le seraient, il n’est pas certain non plus qu’elles découlent de la pandémie et du confinement.
  • Les élèves qui étaient peu ou pas inquiets à l’idée d’être infecté par la COVID-19 avaient la moitié du risque d’éprouver des symptômes dépressifs par rapport à ceux qui étaient très inquiets (OR: 0,521; IC: 95%, 0,4000-0,679).
  • Ceux qui étaient pessimistes vis-à-vis l’épidémie avaient un risque plus de deux fois plus grand d’avoir des symptômes dépressifs par rapport aux élèves très optimistes (OR: 2,262; IC: 95%, 1,642-3,117).
  • Le niveau de pessimisme et d’inquiétudes envers la COVID-19 n’avait pas d’influence sur les symptômes anxieux.

Isolement social, solitude et santé mentale

Dans le contexte du confinement et de la distanciation physique, certains auteurs craignent une augmentation de l’isolement social et du sentiment de solitude des jeunes. Ce facteur aurait un impact sur la santé mentale des enfants et des adolescents, indépendamment du contexte de pandémie.

Dans une recension systématique rapide sur l’impact de l’isolement social et de la solitude sur le bien-être psychologique des enfants et adolescents (Loades et al., 2020), on rapporte que l’isolement social serait:

  • Modérément à fortement associé à une augmentation des symptômes dépressifs des jeunes. L’association serait plus forte chez les filles et plus faible chez les plus jeunes.
  • Faiblement à modérément associé aux symptômes d’anxiété des jeunes. La durée de l’isolement social/de la solitude aurait plus d’impact que son intensité.
  • Modérément à fortement associé à l’anxiété sociale.
  • Modérément associé à l’anxiété généralisée.

L’isolement social pourrait aussi être un facteur de risque d’idéations et de comportements suicidaires chez les jeunes (voir Isolement social, connectivité et facteurs associés au risque suicidaire des jeunes disponible sur le site Prévention du suicide: synthèses de connaissances du CRISE).

Comment interpréter ces résultats?

En somme, les jeunes qui ont des inquiétudes et qui sont plus pessimistes face à la COVID-19 semblent à risque de vivre de la détresse psychologique dans le contexte de pandémie. En d’autres termes, la disposition psychologique d’un jeune et sa tolérance à l’incertitude dans une situation pandémique peuvent avoir une influence importante sur sa santé mentale.

Des auteurs (Ghosh et al., 2020) suggèrent que chez les enfants et les adolescents, les mesures de confinement auraient davantage d’impact sur la santé psychologique que le virus lui-même. Ainsi, ces auteurs mettent en garde contre les effets négatifs associés au bouleversement de la vie quotidienne des jeunes (confinement à la maison, fermeture des écoles, perturbation du sommeil,…) et du développement d’habitudes de vie malsaine (manque d’activité physique, mauvaise alimentation,…). Par ailleurs, le confinement pourrait aussi accentuer d’autres facteurs de risque de détresse psychologique chez les enfants, par exemple en augmentant la maltraitance. Ces éléments constituent pour le moment des pistes de réflexion qui restent à être validées et leur impact, mesuré.

Cependant, les résultats doivent être interprétés avec prudence, notamment parce que les études portent sur des contextes culturels différents qui ne sont pas directement comparables. Ainsi, la vie quotidienne des enfants chinois durant la pandémie est probablement bien différente de celle d’enfants d’autres pays, notamment du Canada. Par ailleurs, il n’est pas certain que les stratégies d’adaptation utilisées par les enfants chinois soient les mêmes que celles mises en œuvre par les jeunes canadiens.

Comme on l’a vu, en Chine, le niveau de pessimisme et d’inquiétudes envers la COVID-19 ne semble pas avoir d’influence sur les symptômes anxieux. À l’opposé, une recherche effectuée par des chercheurs au CRISE suggère que dans la ville de New York, les préoccupations liées à la dépression n’ont pas augmenté pendant le confinement, alors que celles liées à l’anxiété ont beaucoup augmenté pour la population générale (incluant les jeunes) (Stijelja et Mishara, sous presse).

Enfin, les résultats présentés dans cette page portent sur les symptômes de problèmes de santé mentale rapportés par les jeunes, sans indications sur la sévérité des symptômes. La simple présence de symptômes ne permet pas de conclure à la présence d’un trouble de santé mentale. Par exemple, il est normal d’éprouver de la tristesse lorsqu’on est confiné à la maison. Or, un sentiment de tristesse n’indique pas nécessairement qu’on ait un trouble dépressif ou un autre trouble de santé mentale. Plus de détails seraient nécessaires pour connaître l’étendue de l’impact de la pandémie sur les troubles de santé mentale.

covid-19 virus up close

Références

Ghosh, R. et al. (2020). « Impact of COVID-19 on children: special focus on the psychosocial aspect ». Minerva Pediatrica 2020 June;72(3):226-35. DOI: 10.23736/S0026-4946.20.05887-9

Liang, L., et al. (2020). « The Effect of COVID-19 on Youth Mental Health. » Psychiatr Q: 1-12.

Loades, E. et al. (2020). Rapid Systematic Review: The Impact of Social Isolation and Loneliness on the Mental Health of Children and Adolescents in the Context of COVID-19. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, sous presse. https://doi.org/10.1016/j.jaac.2020.05.009

Xie, X., et al. (2020). « Mental Health Status Among Children in Home Confinement During the Coronavirus Disease 2019 Outbreak in Hubei Province, China. » JAMA Pediatr.