Pandémie de COVID-19: Exposition aux médias sociaux et santé mentale

jeudi 10 septembre 2020

Dans le but de mieux comprendre les enjeux de santé mentale liés à la pandémie actuelle, le CRISE propose une série de courtes synthèses de la littérature scientifique disponible sur les impacts de cette pandémie pour différents groupes de la population. Ce qui suit constitue la troisième synthèse de la série. Elle concerne les impacts de l’exposition aux médias sociaux sur la santé mentale, dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Deux études ont été recensées sur l’impact de l’exposition aux médias sociaux sur la santé mentale dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Toutes deux portent sur des échantillons d’adultes chinois. Ces études tendent à montrer que:

  • De manière générale, être exposé fréquemment aux médias sociaux est associé à plus de symptômes dépressifs et d’anxiété;
  • Être exposé plus de 2 heures par jour à des nouvelles sur la COVID-19 via les médias sociaux est associé à plus d’anxiété et plus de dépression dans la population générale.

Exposition fréquente aux médias sociaux, dépression et anxiété

La première étude (Gao et al., 2020) a été réalisée du 31 janvier au 2 février 2020 auprès de 4872 adultes chinois provenant de 31 provinces et régions autonomes différentes. Dans cette étude, l’exposition fréquente aux médias sociaux est associé à une plus haute probabilité de souffrir d’anxiété (OR: 1,72, IC: 95%, 1,31-2,26) et d’anxiété et dépression combinées (OR: 1,91; IC: 95%, 1,52-2,41) comparé à une exposition peu fréquente. Dans l’échantillon:

  • La prévalence de dépression (mesurée par la version chinoise de WHO-Five Well-Being Index) est de 48,3% (IC: 95%, 46,9%-49,7%);
  • La prévalence de troubles d’anxiété (mesurée par la version chinoise du Generalized Anxiety Disorder Scale) est de 22,6% (IC: 95%, 21,4%-23,8%);
  • La prévalence de dépression et d’anxiété combinées est de 19,4% (IC: 95%, 18,3%-20,6%).

Par ailleurs, plus de 80% des participants rapportaient une exposition fréquente aux médias sociaux.

Ces résultats permettent de croire que l’exposition fréquente aux médias sociaux est liée à la santé mentale, notamment dans le contexte actuel de pandémie. Toutefois, il n’est pas possible de déterminer si les symptômes dépressifs ou d’anxiété sont la conséquence de l’exposition aux médias sociaux. De plus, il est impossible de savoir si ces résultats sont directement attribuables à la pandémie, puisque l’étude ne mesure pas spécifiquement l’exposition aux messages liés à la COVID-19 sur les médias sociaux.

Impact sur la dépression et l’anxiété des messages sur la COVID-19 publiés sur les médias sociaux

La deuxième étude (Ni et al., 2020) évalue l’impact de la durée de l’exposition aux nouvelles sur la COVID-19 par les médias sociaux sur les symptômes de dépression et les symptômes d’anxiété (« anxiété probable » et « dépression probable » mesurées par des échelles validées). Menée auprès de 1577 adultes et 214 professionnels de la santé à Wuhan, en Chine (épicentre de l’épidémie dans ce pays), elle rapporte que le fait de passer plus de 2 heures par jour à consulter des nouvelles sur la COVID-19 sur les médias sociaux est associé à une plus haute probabilité d’être considéré avec « anxiété probable » et avec « dépression probable » chez les adultes dans la communauté.

Environ un tiers des répondants (adultes de la communauté et professionnels de la santé) disaient passer plus de 2 heures par jour à consulter des nouvelles sur la COVID-19 via les médias sociaux.

Par ailleurs, dans l’échantillon:

  • Environ 1/5 des répondants issus de la communauté étaient considérés comme ayant probablement un trouble d’anxiété (23,8%, IC: 95%, 22,0%-26,4%) ou une dépression (19,2%, IC: 95%, 17,5%-21,5%).

Comment interpréter ces résultats?

Ces deux études tendent à montrer qu’être exposé aux nouvelles sur l’épidémie de COVID-19 via les médias sociaux est associé à de l’anxiété et des symptômes dépressifs chez les adultes chinois. Plus études seraient nécessaires pour vérifier ces résultats dans d’autres contextes socioculturels et auprès d’autres groupes, par exemple chez les adolescents.

Les études ne permettent pas d’identifier une direction ou une relation de cause à effet entre les variables observées puisqu’elles reposent sur des devis transversaux. Ainsi, par exemple, il se peut que les personnes qui sont plus anxieuses à la base utilisent plus les médias sociaux que celles qui ne sont pas du tout anxieuses. Être exposé fréquemment aux médias sociaux pourrait donc être le résultat d’une anxiété déjà présente; ou plutôt alimenter ou exacerber une anxiété nouvelle; ou enfin, être interrelié avec l’anxiété en un cercle vicieux.

Références

Gao, J., et al. (2020). « Mental health problems and social media exposure during COVID-19 outbreak. » PLoS One 15(4): e0231924.

Ni, M. Y., et al. (2020). « Mental health, risk factors, and social media use during the COVID-19 epidemic and cordon sanitaire among the community and health professionals in Wuhan, China. » JMIR Public Health Surveill.