Figures et formes de la dysrégulation fantasmatique chez les états-limites: Le cas de suicidants réitérants
Auteurs
Loïc Boissière, Vincent Estellon.
Résumé
textbfObjectifs: La tendance récurrente aux passages à l’acte de nombre d’états-limites a pu classiquement être référée à un déficit représentationnel. L’hypothèse alternative que nous avançons est celle d’une dysrégulation fantasmatique dans le traitement de la perte et des mouvements pulsionnels agressifs/destructeurs consécutifs. textbfMéthode: Elle s’étaye sur une étude casuistique, clinique et projective (entretiens, Rorschach et TAT) réalisée sur un échantillon de neuf patients, adolescents et jeunes adultes suicidants réitérants. À partir d’extraits caractéristiques de protocoles, nous illustrons les principaux résultats obtenus. textbfRésultats: La confrontation à la perte semble déterminer deux modalités de réponse opposées : une inhibition drastique, sans évocation possible de représentations, ni même d’affects dépressifs ; un débordement fantasmatique et affectif, effraction toujours menaçante qui, partant, détermine l’inhibition massive. Sans possibilité d’élaboration régulatrice et « dégageante ». Ce traitement, insuffisamment fonctionnel, de la perte et de la souffrance dépressive génère un flux de représentations pulsionnelles destructrices et mortifères qui, faisant craindre pour la pérennité de l’objet, ne peuvent se jouer/réguler sur la scène interne. Elles sont alors massivement refoulées et font retour, dans certains cas, en émergences ponctuelles, notamment oniriques, ou, compulsivement, dans le retournement masochiste/mélancolique. Jusqu’au passage à l’acte, seul à même d’évacuer, transitoirement, une tension croissante que le psychisme ne peut absorber. Cependant que, de montées progressives en évacuations ponctuelles s’instaure un cycle de répétition suicidaire. Ailleurs, les objets abandonnants/persécutants font parfois plus brutalement retour. Ici, dans le prolongement de mouvements répétitifs d’identification projective et le procès subséquent de coalescence entre l’interne et l’externe. Là, par suite de la levée soudaine d’un refoulement massif. L’envahissement fantasmatique entraîne alors effroi et afflux traumatique de l’excitation pulsionnelle. S’ensuit une interruption ou une régression des processus représentatifs, transitoire et réversible, menant au raptus suicidaire. textbfDiscussion: De ces raptus, il est usuel de déduire une insuffisance des ressources représentationnelles du sujet. C’est là un argument que nous réfutons, de telles occurrences traumatiques pouvant tout aussi bien s’observer, sous certaines conditions transitoires, dans des organisations réputées bien mentalisées. En revanche, la plus grande fréquence, ici, de ces dysrégulations représentatives ponctuelles, ultime issue d’une excitation en impasse et en inflation soudaine, doit, selon nous, se comprendre comme la conséquence dernière des dysrégulations permanentes du traitement fantasmatique de la perte et des mouvements pulsionnels agressifs consécutifs, spécifiques de ces patients limites. textbfConclusion: La tendance récurrente aux passages à l’acte apparaît ainsi, non comme le produit d’un déficit représentationnel structurel, mais comme l’issue d’une dysrégulation fantasmatique, procédant en dernière instance d’achoppements conflictuels et se déclinant en différentes figures et formes. TENTATIVE SUICIDAIRE-CHRONIQUE RÉCIDIVE TROUBLE-PERSONNALITÉ ÉTAT-LIMITE AGRESSIVITÉ
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